Israël : quand on jette des pierres sur les juges, regarde bien qui tient le drapeau
Le 3 juin 2026, des émeutiers ultraorthodoxes ont saccagé la maison d’un juge de la Cour suprême israélienne, laissant derrière eux un drapeau national frappé d’une croix gammée. Loin d’être un dérapage isolé, cette nuit de violence couronne une offensive méthodique du gouvernement Nétanyahou contre les juges, la procureure générale et l’État de droit. Décryptage d’une démocratie qui vacille.
Il y a une image qui résume tout. Le 3 juin 2026, devant la maison d’un juge de la Cour suprême israélienne, des émeutiers ont laissé un petit drapeau israélien. Sauf qu’à la place de l’étoile de David, ils avaient dessiné une croix gammée. Lis ça deux fois. Des gens qui se réclament du judaïsme, brandissant le symbole exact de ceux qui ont voulu exterminer les Juifs, pour terroriser un magistrat. La haine adore se déguiser. Mais elle finit toujours par montrer son vrai visage.
Le juge, c’est Noam Sohlberg, vice-président de la Cour suprême. Des dizaines d’ultraorthodoxes ont fracassé ses fenêtres, brisé le pare-brise de sa voiture, tenté de forcer sa porte. Lui et sa femme étaient à l’intérieur. La police a interpellé 62 personnes, et retrouvé sur place des GoPro et des drones, parce qu’un pogrom moderne, ça se filme pour les réseaux. Sa femme, debout devant les débris, a parlé de pogrom et évoqué la Nuit de Cristal. Elle est fille de survivants de la Shoah. Laisse ça infuser une seconde.
Le prétexte ? La colère contre l’arrestation d’ultraorthodoxes qui refusent le service militaire. Mais le prétexte n’est jamais le vrai sujet. Le vrai sujet, c’est le pouvoir, et qui a encore le droit de lui dire non.
Car cette nuit là n’est pas un accident isolé. C’est l’aboutissement d’une mécanique. Depuis des mois, des ministres de la coalition de Benyamin Nétanyahou pilonnent la justice. Le ministre des finances a traité le président de la Cour suprême de prédateur s’emparant de la démocratie. Le ministre de la justice refuse de reconnaître ce même président et bloque la nomination de nouveaux juges pour assécher l’institution de l’intérieur. Et la procureure générale, Gali Baharav-Miara, gardienne de l’État de droit, voit le Parlement voter un texte pour lui couper les ailes, après une tentative de destitution déjà retoquée par la Cour. Tu connais la recette par cœur. Tu discrédites les arbitres, tu les affaiblis, tu les remplaces, et un matin, plus personne ne peut t’arrêter.
Voilà pourquoi cette histoire dépasse Israël. C’est le manuel des démocraties illibérales, lu à voix haute. D’abord tu noies le débat sous le mensonge, jusqu’à ce qu’on ne distingue plus le vrai du faux. Ensuite tu désignes des ennemis intérieurs. Puis la rue s’embrase, et tu condamnes du bout des lèvres. Nétanyahou, lui même jugé pour corruption, fraude et abus de confiance, a lâché une condamnation de service minimum en réclamant la fermeté contre les émeutiers. Dur de faire autrement quand des hommes de ton camp agitent une croix gammée.
Sois honnête deux secondes, parce que je ne te vends pas un seul camp. La droite répond que la Cour, non élue, s’arroge trop de pouvoir dans un pays sans constitution, et que les ultraorthodoxes vivent une vraie déchirure autour de la conscription. C’est un argument recevable. Mais aucun désaccord institutionnel, aucun, ne justifie une croix gammée sur la porte d’un juge.
La coalition a implosé fin mai. Des élections arrivent à l’automne. La vraie question n’est pas de savoir qui gagne. C’est de savoir s’il restera encore des institutions debout à gouverner.
Les sources, parce que tu vérifies toujours.
Le Monde : En Israël, les attaques du gouvernement contre la justice se multiplient : « Une course pour démanteler les institutions démocratiques a commencé »
Times of Israel, sur l’attaque :
A pogrom’ : Haredi rioters smash windows, damage home of deputy Supreme Court chief
Haaretz :
Ultra-Orthodox Protesters Storm Home of Israeli Supreme Court Justice Over IDF Draft Arrests
Jerusalem Post :
Protesters’ attack on Supreme Court vice president ’crosses red line,’ Isaac Amit says
Le mensonge laboure, l’incitation sème, la violence moissonne. Et tu sais quoi ? Les assaillants juifs fachistes ne seront pas poursuivis. Ben oui, pour la paix au sein du gouvernement.Reste lucide. À plus.
Si des fois tu veux en savoir plus, je te conseille également cet article : Quand les nationalistes israéliens poussent Israël à devenir une dictature —> https://brindefolie.com/?Quand-les-nationalistes-israeliens-poussent-Israel-a-devenir-une-dictature
Par , publié le vendredi 5 juin 2026
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